Le roi ébahi de Gonzalo Torrente Ballester

jeudi 17 janvier 2013
par  Roso
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La cour d’Espagne vers 1620 : le roi Philippe IV, mariéé à la jeune Elisabeth fille du bon roi Henri IV, entrainé par le comte Peña Andarda passe la nuit avec la belle et chère Marfisa ; il voit pour la première fois une femme nue. C’est ce qui le rend tout ébahi, subjugué par cette découverte. Très vite l’incartade du roi fait scandale, on ne parle que de cela en ville, à la cour, dans les prêches. A son retour au palais le roi se retire dans la pièce secrète pour observer les tableaux de peintres italiens ou flamands, représentants des corps dénudés. Cette salle est tenue fermée, il faut l’autorisation spéciale du clergé pour l’ouvrir, le roi réussit à s’y rendre en cachette.

Enfin il demande à voir la reine, son épouse, nue ; rien d’autre ne l’intéresse. Il s’agit alors d’une affaire d’état et surtout d’église. Le grand inquisiteur est saisi du problème tout comme le favori du roi. Le roi a-t-il le droit de voir son épouse nue ? Est-ce pécher ? Le peuple va-t-il payer pour les péchés du roi ? Surtout que des phénomènes étranges ont été constatés la nuit de débauche du roi : un immense serpent a été vu en ville, un gouffre s’est creusé au milieu d’une ruelle et une odeur de souffre s’en échappe... Ces frasques ne vont-elles pas attirer la colère du Tout Puissant : il y a une guerre en Flandres et un navire chargé d’or qui doit arriver à Cadix.

Des commissions sont réunies pour débattre très officiellement et très sérieusement de ces questions, capucins, jésuites, dominicains. Chacun a son mot à dire sauf les époux royaux qui n’ont même plus plus la possibilité de se rencontrer : les portes qui séparent leurs appartements sont fermées et bien gardées.

Le comte qui a dévergondé le jeune roi, la gouvernante de la reine, la mère supérieure d’un couvent, un père jésuite, la belle Marsifa tout ce petit monde va conspirer pour satisfaire le roi et la reine.

Plus qu’un roman historique c’est une critique de la lourdeur de l’église catholique, de son pouvoir sur l’Espagne, du ridicule des prises de position des gens d’église, comme ce moine capucin qui mène des processions pour expier les péchés du roi, rêve de grands bûchers.

Et on perçoit l’espoir, la perte du pouvoir de cette haute inquisition ; le grand inquisiteur est relativement "cool" pour un inquisiteur, certes il signe les ordres d’arrestation mais pas sans avoir au préalable fait prévenir les présumés coupables.

C’est traité avec humour, un ton léger sans paillardise.


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