2004 - Biographie de la faim

dimanche 21 février 2010
par  sylvain
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Amélie est une enfant de 4 ans. Au Japon, elle dévore la vie, les connaissances, avec un appétit que rien ne peut arrêter ni rassasier. Et tout son entourage semble uniquement fait pour tenter et rassasier son inextinguible envie de consommer, de la connaissance, de l’amour, de l’envie et du plaisir.

Mais un diplomate est obligé de changer de poste. Viennent alors, tous les 3 à 4 ans, les départs pour des destinations qui ne pourront jamais remplacer le pays de cocagne de la prime jeunesse. Et, en grandissant, la découverte des épreuves.

Les autres, d’abord. Parfois violents, au premier sens du terme. Parfois juste intéressants, et oubliés dès que quittés. L’âge, aussi, avec les obligations qui l’accompagne. Comme le changement de corps, difficile à comprendre et impossible à supporter.

Quelques images de bonheur, comme ses années au USA, ou elle frise l’alcoolisme tout en se régalant des découvertes possibles dans un tel pays, mais surtout des images d’absence. De la culture du Japon, et surtout, du regard de la Gouvernante sur cette petite fille si vive.


Commentaires  (fermé)

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lundi 22 février 2010 à 21h52, par  sylvain

Hello Gaïette, content de te revoir sur ces pages.

Ben justement, c’est cette différence qui fait d’Amélie ce qu’elle est. La culture, finalement, c’est le résultat de sa faim. Et c’est donc bien elle.

J’ai trouvé des phrases merveilleuses, d’ailleurs, dans ce livre. Avec des mots tellement sympathique à découvrir ou retrouver. Tellement précis. Et des subjonctifs qui coulent comme s’ils étaient naturels.

Je ne crois pas qu’il faille trouver cela précieux. C’est un peu un exercice de pureté de langage. Que seule une sorte de divinité des mots peut réussir.

Je t’avoue, j’aime bien. A+

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dimanche 21 février 2010 à 21h44, par  sylvain

Je m’étais toujours interrogé sur le devenir d’Amélie entre sa période "tube" et sa période "stupeur". Et bien, maintenant, j’ai la réponse.

Entre les deux, une enfance d’ogresse, dévorant tout ce qui l’entoure, une boulimie de découverte, que ce soit le plaisir, les personnes, les savoirs. Tout ce qui est humain.

Et lire cela est bon. Bon car cela donne comme de l’espoir dans ce que les enfants peuvent apporter. De l’espoir dans ce que les êtres humains peuvent avoir de positif.

Et puis, il y a les chocs. Le viol, plus ou moins abordé clairement, mais exprimé. L’adolescence, avec tous les changements. La gestion d’un corps, alors qu’enfant, le corps est ramifié jusque l’ensemble de l’univers, sans réelle frontière avec les proches.

Avec ce style inimitable, toujours aussi précis, léger, concis, Mme Nothomb exprime tout son être, dans ce livre. Sa déchirure, entre l’envie de tout savoir, connaître, essayer... et les limites que son corps et les autres lui imposent.

On comprends d’autant mieux, en reliant cet opus au "voyage d’hiver" qui est Mme Nothomb, comment elle s’envisage, et pourquoi. Et c’est un très grand plaisir, à lire et découvrir.

Car il faut beaucoup d’impudeur et de générosité pour se raconter avec une telle verve, probablement sans recevoir le retour qu’on doit en attendre, c’est à dire une symétrie dans le don de soi.