L’attrape coeur

samedi 27 juin 2009
par  sylvain
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Holden Caulfield, environ 17 ans, est élève, interne, au collège de Pencey Prep. Mais il vient de s’en faire virer, quelques jours avant les vacances de Noël, comme de beaucoup d’autres collèges avant celui-ci. Navré par le peu d’attention que lui accordent les autres collégiens, Holden décide de quitter le collège pour se donner quelques jours de bon temps avant de rentrer dans sa famille.

Mais Holden n’a pas de vie sociale établie, juste quelques rares relations, et la sortie tourne à la beuverie solitaire. Au point qu’il rentre en secret chez ses parents, reprendre contact avec sa sœur, Phoebe, lui exprimer son malaise, le manque qu’il ressent de son frère Allie, mort depuis quelques années.

Et la difficulté que représente le fait de s’attacher, de faire confiance, de se tracer un avenir... de grandir.

Ce livre est cité par P. Djian, dans Ardoise.


Commentaires  (fermé)

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dimanche 16 mai 2010 à 21h49, par  sylvain

pour ce commentaire. Je t’avoue que j’avais raté le problème du rapport au père, mais tu as tout à fait raison.

En symétrie de ces problèmes de relations aux femmes, l’absence de père "fonctionnel" est effectivement flagrante.

Cela ne fait que plus ressortir la ressemblance avec Impuretés, le père ayant dans ce livre un rôle encore plus glauque.

Bien à toi.

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dimanche 16 mai 2010 à 21h16, par  jackie

Sur le style, rien à dire de plus que ce qui est dit plus haut, entièrement d’accord. Merci à Sylvain de me l’avoir fait découvrir.

En fait je le trouve parfaitement normal, comme ado. Pas mal déprimé, certes, mais parfaitement lucide, intelligent, perspicace : c’est bien là son malheur. Il perçoit toute l’absurdité de cette société, telle qu’elle est et telle est qu’elle monte en puissance au EU après-guerre : cette société qui « nous inflige des désirs qui nous affligent » (Souchon – Foule sentimentale), la société de consommation. Dur de quitter l’innocence quand on perçoit avec autant d’acuité la société qui vous attend.

Son père est particulièrement absent du roman. Alors pourquoi faire des études, comment grandir, se projeter dans l’avenir, quand on ne perçoit de l’activité de son père (juriste) qu’un moyen de gagner du fric pour jouer au golf ou s’acheter des bagnoles ? Manque de référent adulte. Il supporterait probablement mieux la société qui l’entoure, s’il était plus entouré par ses parents, s’ils venaient le chercher le we, s’il retrouvait sa sœurette adorée.

Quand sa petite sœur lui demande s’il y a des choses qu’il aime dans ce monde, il répond : son frère mort, 2 bonnes sœur rencontrées par hasard et James Castle, un camarade du collège, qui s’est suicidé. Finalement quoi de plus normal pour un ado, en quête d’idéal, de pureté.

Il lui manque encore les bonnes lunettes, la bonne distance focale, la bonne couleur de verre pour réussir à percevoir la société avec du recul, de l’humour.

Je trouve que le roman termine sur une note positive : ces types au collèges qu’il ne supportaient pas, ils commencent à lui manquer. Est-il en train de sortir de sa dépression ?

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samedi 27 juin 2009 à 12h40, par  sylvain

Rare de lire un livre qui ait un tel pouvoir. Tout est bon, dans cet opus, un équilibre total entre le style et l’histoire, l’auteur et le lecteur. Fabuleux.

Et pourquoi ? Houlà, pas simple.

D’abord le style. Deux faits essentiels :

  • il s’agit d’une narration à la première personne. On y voit donc le style classique de la biographie. Mais vite, on s’aperçoit qu’on est plusieurs, derrière l’épaule du narrateur : le lecteur, certes, mais aussi comme une autre présence, floue, à la fois Holden (le héros) adulte refusant de grandir tout en sachant qu’il le doit, et un autre, inconnu ;
  • ensuite un vocabulaire et des formulations extraordinaires de saveur. Un langage très simple, presque parlé, mais exprimant avec une force énorme les émotions de l’adolescent, que l’on ressent physiquement en soi. Violence, attirance pour les autres et refus de se montrer... Ce qui est déjà beaucoup, mais est en plus complété par des formules chocs, lapidaires, résumées improbables d’aphorismes adolescents, mais éternels. Et pour finir, une adaptation, un changement du vocabulaire, de son débit, en fonction des situations.

L’histoire, direz vous ? C’est encore mieux. D’abord la révolte d’un adolescent face au monde des adultes, qu’il ne comprends pas. La relations aux femmes, tant les amies, les mères, la prostituée, vue comme une sorte de métaphore d’attirance et de répulsion sexuelle. Puis, plus doucement, le désarroi de ce même adolescent dans ses relations aux autres, les amis, Jane, Sally. Les inhibitions, les incompréhensions, comprises mais pas acceptées, et qui rejaillissent en violence verbale. Le rapport au corps aussi, le sien malingre. Ceux des autres, boutonneux (les pauvres) ou musclé (les enfoirés). Et puis les blessures. La relation aux parents, cassée, au frère mort, essentiel, au frère vivant, présent/absent, à la petite sœur, seule femme acceptée, finalement, et presque mère de remplacement.

Tout est mobilisé autour d’une histoire, celle d’un adolescent perdu. Qui nous montre aussi comment est la société. Plus de panneaux, plus de repères, pour ramener les perdus.

C’est là, je pense, que réside la plus grande valeur de ce livre : Que nous dit JD Salinger ? que l’adolescence est un sale moment. On le sait tous , on a tous été adolescent. Il utilise toute notre expérience de lecteur pour mous l’intimer avec force, efficacité et violence.

Mais aussi que c’est encore plus dur. Qu’il n’y a plus de lien social. Qu’on est tous seuls, avec juste peut-être, une petite sœur, qui de toute façon, deviendra grande.

J’ai lu sur le net que ce livre est l’histoire de la dérive d’un ado. Je ne suis pas d’accord. L’adolescent s’en sortira. Mal, mais il s’en sortira. La société dans laquelle il vit, par contre... Pour moi, c’est plus l’histoire de la dérive d’une société.

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