Journal d’un corps

mercredi 26 septembre 2012
par  sylvain
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Lison,

Je te lègue ce journal, qui relate l’histoire de ma relation avec mon corps, et parfois l’histoire de mes relations avec d’autres corps via le mien. Ma vie organique, dans sa complexité. Car ce n’est pas simple, un corps.

D’une jeunesse en contrepoint, plus fantomatique que réelle, à la découverte de la densité vers l’adolescence et l’apparition des muscles, puis à la maturité et enfin à la sénescence avec son lot de petits malheurs, le corps nous résume. Il est nous, et nous sommes lui, non ?

Au point que j’ai découvert sur le tard que mon incapacité à danser n’était pas l’effet de mon esprit chagrin, on est parfois bête à 20 ans, mais tout simplement une malformation de mon pied droit. Si j’avais su, que d’autres corps j’aurai pratiqué.

Il m’aura bien servi, il m’a fait garder les meilleurs souvenirs des autres, Violette qui m’a élevé petit, vous, mes enfants, que je n’ai pas su toucher, mais qui êtes si viscéralement (au sens... propre) une prolongation de mon corps.

Mais voilà, j’ai eu une vie bien remplie, des passages pendant lesquels, finalement, c’est plus l’esprit que le corps qui me remplissait. Alors, lis ceci, et fais en ce que bon te semble.

Ton père.


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mercredi 26 septembre 2012 à 01h01, par  sylvain

Il faut d’abord dire que c’est une performance d’écrivain sacrément bien réussie. Près de 400 pages sur un tel sujet, il fallait oser. Et 400 pages qui se dévorent, tout à la découverte de cette non histoire, c’est grandiose.

Chapeau l’artiste.

Et il faut ajouter qu’en sus de la qualité de l’écriture, on se "retrouve" dans ce livre. A chaque page ou presque, la tentation de s’écrier "mais c’est bien sûr, moi aussi". On se prends à découvrir que c’est bien souvent l’organique qui commande (F. Dard, autre chantre du corps, disait "le glandulaire"), que les expression les plus humaines sont celles qui font intervenir les aspects charnels de nos relations, et que les sentiments les plus forts, peur, amour ou compassion, sont d’abord ressentis par nos organes avant de l’être par notre esprit.

Cela étant, me reste quelques questionnements.

La relation au corps qui est narrée ici est quand même assez éthérée, même si elle est parfois crue. Le héros, globalement, est en bonne santé, mais son rapport à son corps est une relation d’entomologiste avec ses insectes. C’est un esprit, qui parle du corps. Pas un corps qui parle de lui. On ne baffre pas, on éjacule proprement.

Je sais bien que c’est de la psychologie à 2 euros, mais je n’ai pu m’empêcher de rapprocher cela de Benjamin Malaussène, ce héros dont le rapport au corps est spécial, sa mère faisant régulièrement ses enfants (ceux qu’il élève) et sa compagne, Julie, menant une vie dont lui même (Malaussène) pense qu’elle est sexuellement agitée, mais pas avec lui. Et dont le médecin de référence passe son temps en transplantations improbables, qu’il réussit toujours à merveille. Un héros, finalement, qui vit à travers d’autres personnages dont il est un point de référence sans être le centre du monde.

Le parallèle avec F. Dard, dont M. Pénac partage la gouaille dans les opus Mallaussène (enfin, je trouve) est frappant. D’un côté un auteur Rabelaisien, ripailleur, et dont les héros embrochent avec bonhomie tout ce qui passe, de l’autre un auteur plus "diet", dont les héros vivent des aventures savoureuses, mais au travers d’un filtre leur évitant de se salir trop avant.

Mais dans les deux cas, un grand plaisir de lecture (pour SA, je vous l’accorde, tout n’est pas au meilleur niveau).