Des gens très bien

lundi 25 avril 2011
par  sylvain
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Alexandre est le petit-fils de Jean, le Nain Jaune, le grand homme adulé de tous dans la famille, magnifié par son fils.

Mais le Nain Jaune était le Chef de Cabinet de Laval, sous Vichy. Et son rôle ne pouvait pas être contenu dans les étroites limites d’une obéissance administrative. DirCab, on dirige. La prise de conscience est rude, pour faire la part entre ADN, légende familiale, et réalité historique.

Il y eût d’abord ces quelques mots entendus alors qu’on aurait pas du : la petite Juive. Puis ces demi aveux de Soko, l’ex camarade des histoires glauques, la caution réciproque de l’appartenance au camp des bons. Et surtout, au Lycée, l’intelligence de Zac, érudit et fin, mais intransigeant.

Car il faut bien le reconnaitre, si Jean Jardin était bien le séducteur policé que son fils à décrit, son antisémitisme ne fait pas doute. Les preuves s’accumulent, pour qui sait les lire : ses écrits, archivés dans des cartons jamais ouverts par la famille, ses fréquentations, toutes à la limite, mais du mauvais côté, et même Mitterrand, qui lui reconnut des torts, mais des excuses. La famille, elle, ne veut rien entendre. Pire, elle adule et place sur un piédestal l’ignominie du Grand-Père, pour mieux la cacher.

Mais il y a pire : être un Jardin, petit-fils du Nain Jaune, c’est avoir des relations qui vous reconnaissent, qui reconnaissent en vous celui qui "en est", de cette pâte, mélange détestable de culture et d’ignominie puante, mais bien élevée. Pour survivre, il faut essayer de réparer. Cultiver par la lecture, pour enjuiver la France, en la transformant en nation du livre.

Alors la question reste : comment a-t-il pu ? Comment pouvait il ne pas savoir, ne pas avoir voulu savoir. Répondre à cette question nécessite d’aller chercher la réponse chez les protagonistes de cette époque, quoi qu’il en coûte. Découvrir que le nazisme était vécu comme un espoir, l’espoir d’un renouveau gai et insouciant, créateur de futur qui chante. Comme d’ailleurs tous les systèmes hégémoniques, passés et présents, qu’ils soient de type sectaire, politique ou religieux.

Et pour finir, découvrir qu’on pourra peut-être, un jour, faire la paix avec cette famille, ce creuset dont on est issu, même si on s’est construit par opposition.


Commentaires  (fermé)

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lundi 25 avril 2011 à 23h16, par  sylvain

Au premier abord, voici un pamphlet bien sympathique. Horrifié par l’Histoire à laquelle sa famille est liée, Alexandre Jardin se révolte contre l’inertie familiale, et enfourche le blanc destrier de la délation des mauvais, l’étendard des principes immortels et des vraies valeurs.

Quand même, il ne faut pas confondre Jardin et Jardin. Non mais. Il excuse même la légèreté de ses autres écrits par l’état quasi catatonique dans lequel cette hérédité honnie l’avait amené...

On ne peut bien sûr qu’être d’accord avec cette prose.

Mais à y regarder de plus prés, l’opus n’est pas si net.

D’abord parce que la dénonciation est facile, en 2010, installé dans le confort d’une vie moderne, sans guerre, et avec 50 ans de recul pour discerner le vrai du faux, le bon du mauvais... sans risque.

Cela fait donc 200 pages remplies d’une dénonciation qui, finalement, n’intéresse que son auteur.

Il est indéniable que occuper le poste de Directeur de Cabinet de Laval nécessitait une volonté, un désir de participer. Et que participer, à ce poste, au gouvernement de Vichy n’est pas glorieux. Même si l’Histoire a tranché, et a préféré le pardon, c’est une faute, c’est indéniable.

Mais à aucun moment du livre, M. Jardin ne s’interroge sur ce que lui, aurait fait lors de cette période. Au regard de l’histoire de ma famille, je me suis déjà posé cette question. Honnêtement, je ne suis pas sûr que je me serais retrouvé à Londres.

Néanmoins, ce n’est pas le pire.

Car M. Jardin s’interroge sur le passé de ces hommes et femmes du fait qu’ils sont sa famille, sa culture. Il se permet de juger d’une ascendance, obnubilé qu’il est par son ADN. Ce faisant, il réfute l’idée qu’il est lui, et non sa famille. Qu’il n’est pas "un Jardin", mais "Alexandre Jardin". Qu’il n’a pas à porter la faute d’autres, fussent-ils ses parents les plus proches.

Car entrer dans cette logique, c’est tenir un raisonnement similaire à ceux qui jugent sur des critères généraux, comme "les Noirs", "les Juifs" ou "les femmes". C’est faire peu de cas du libre arbitre de chacun, qui est pourtant le principe inaltérable qui permet de combattre toute forme de racisme et d’exclusion.

C’est un livre qui est bien écrit. La plume de M. Jardin est fine et acérée. Mais ce livre est une erreur.

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