La contrevie

mardi 8 juin 2010
par  sylvain
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Henry se sent encore jeune, et n’arrive pas à admettre que son traitement pour le cœur ait un tel effet. Plus d’érection. Plus de Carol, sa femme, mais surtout, plus de Wendy, sa maitresse à la bouche si douce.

Penser à ces femmes repues par les coups de boutoir de sexes d’autres hommes lui est insupportable. Il décide l’opération, et meurt pendant celle-ci. Nathan, son frère ne peut que regretter de ne pas être intervenu, de ne pas avoir ramené le "petit" à la raison.

Après l’opération, Henry décide de tout plaquer, femme, enfants, métier, maitresse, et part s’installer dans une colonie en Israël, sur une colline de Judée. Carol est désespérée, et demande à Nathan de se rendre en Israël, et de visiter Henry, au moins pour comprendre.

Mais celui-ci est bloqué dans son nouveau moi, totalement ancré dans la réalisation de l’Idéal Sioniste, travaillé sous la férule d’une sorte de guide spirituel. Nathan ne peut que constater l’inanité de son intervention, et rentrer aux USA. Mais son vol est détourné par un pirate de l’air, qu’il est suspecté d’avoir aidé.

En fait, c’est Nathan qui est devenu petit à petit impuissant. Et qui se révolte contre l’idée de ne pas pouvoir aimer comme elle le mérite sa nouvelle maitresse, et devenir père. Il meurt pendant l’opération. Son frère Henry assiste aux obséques, mais presque uniquement pour pouvoir s’assurer qu’il ne reste pas de manuscrit dévoilant de nouveaux secrets de famille. Et Maria, elle, celle qu’il aimait, regrette de façon désincarnée ce choix de l’opération, car il n’est pas compatible avec la vie qu’elle aurait souhaitée, elle.

Une vie simple, dans les brumes du Gloucestershire. A l’anglaise, avec des fêtes de Noël dans ces petites églises si mignonnes, et ces relations humaines tellement conventionnelles. Que Nathan, maintenant qu’il a accompagné Maria en Angleterre, finit par apprécier, en fait.

Sauf que, le regard des autres sur un Juif reste un regard de Gentil sur un Juif. Insistant. Lourd. Et que c’est ça, finalement, qui rends Juif.


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lundi 14 juin 2010 à 22h33, par  sylvain

Là, c’est compliqué.

Car on a affaire à du grand, du costaud, du qui ne se laisse pas lire comme ça, histoire de rien. Il faut y mettre du sien, accepter des règles qui sont édictées par l’auteur, et s’y conformer.

D’abord lire en acceptant que ce ne soit pas une histoire, mais un ensemble de présentation diverse de la même histoire, chacun des protagonistes prenant à son tour les divers rôles.

Un gentil frère, dentiste, et un frère plus exotique, auteur à succès, devenant tout à tour impuissant, et mourant ou vivant, et exprimant leur rapport à la Judaïté.

Et des femmes, mères et amantes, qui, en réaction, vivent ou ne vivent pas leur histoire d’amour avec cet homme.

Ensuite, en acceptant que le style soit constamment à la limite des possibilités du Verbe. Le début de la Torah est "au début était le Verbe". C’est vrai là aussi, P. Roth fait dire à un de ses personnage qu’il ne sert à rien d’écrire si on ne peut pas se servir du texte comme d’une matraque. Nous, lecteurs, on est matraqués. Et c’est bon, c’est fort. Mais c’est parfois beaucoup aussi.

Tout cela mélangé pourrait déjà faire un livre. Comment vivre, avec ou sans sexe, avec la ou les femmes que l’on aime.

Mais ce n’est que le début. En sus, il faut parler de la religion et de la Judaïté. C’est parfois un peu trop, mais en fait, c’est le centre, l’essence du livre.

Là, c’est complexe. Il y a des pages magnifiques qui décrivent l’inanité du Sionisme tel qu’il est pratiqué en Israël. Et qui dénoncent à juste titre l’idiotie des colonies, de l’intégrisme Juif. Et des pages magnifiques qui décrivent qu’on peut faire ce qu’on veut, on est toujours le Juif de quelqu’un, et que ce n’est pas forcément plus mal, même si on accepte la culture de l’autre, de savoir aussi garder la sienne.

L’ensemble est un monde, compliqué, une sorte de livre fou qui résonne encore dans le cerveau du lecteur (chance, ça me permet de penser que j’ai un cerveau) après qu’on ait fermé le livre.

Mais c’est aussi un livre profondément masculin, avec des questions existentielles pires que celles que se pose P. Djian, mais qui ne sont en fait que des questions un peu idiotes que se posent les hommes. Celle dont nous savons qu’elles sont essentielles à notre vie, mais totalement inutiles devant le vrai enjeu que nous ne pourrons jamais réaliser : porter la vie.

Vous devriez essayer, mais faut une corde, des piolets, et un peu de temps.

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